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L’Association of European Journalists (AEJ) est née en 1961 et réunit un millier de journalistes, dans 24 pays d’Europe, convaincus de la nécessité de l’intégration européenne sur une base démocratique. Elle est dotée du statut d’ONG et reconnue par le Conseil de l’Europe et l’Unesco. La section française (AJE France) développe de nombreuses activités : séminaires européens dans les écoles de journalisme, prix Louise Weiss du journalisme européen, rencontres-débats en partenariat avec le CAPE

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La mort de Geremek: l'Europe perd un grand homme

Article de Pierre Haski, publié sur Rue89, reproduit avec son aimable autorisation.


C'est un des hommes qui ont marqué l'histoire du dernier quart de siècle, et qui ont façonné l'Europe de l'après-guerre froide. C'était aussi un grand intellectuel et penseur engagé, dont on pourrait regretter qu'il n'ait pas eu le temps, ni l'opportunité de plus influencer la politique de son pays -la Pologne- et celle de l'Europe. Bronislaw Geremek s'est tué dimanche, à l'age de 76 ans, dans un accident de voiture dans l'ouest de la Pologne.

Cet historien réputé, spécialiste du Moyen-Age en France, proche de Fernand Braudel, parlant impeccablement le français (voir la vidéo ci-dessous) depuis un passage à l'Ecole pratique des hautes études dans les années 50, a fait partie de ce petit groupe d'intellectuels qui ont rejoint les rangs du syndicat Solidarnosc, fondé par l'électricien de Gdansk, Lech Walesa, dont il devient le conseiller personnel.

On était alors au début des années 80, la Pologne était dirigée par l'homme aux lunettes noires, le général Jaruzelski, et le mur de Berlin semblait installé pour l'éternité. Geremek sera emprisonné comme les autres dirigeants du syndicat indépendant en 1981 et 1982.

L'ancien compagnon de Lech Walesa rejoint le Parlement européen en 2004


Etonnant destin que celui de ce fils d'une famille juive polonaise, ayant vécu dans le ghetto de Varsovie pendant la guerre avant de s'en échapper (son frère aîné aura moins de chance et mourra à Auschwitz), membre actif du parti communiste polonais (le POUP) et même du PCF lors de ses dix ans passés en France, et qui sera un des hommes qui feront s'écrouler de l'intérieur le bloc soviétique.

Après 1989, les relations entre Bronislaw Geremek et Lech Walesa se détérioreront, et ils s'opposeront dans la vie politique agitée et complexe de la Pologne post-communiste. Geremek sera ministre des Affaires étrangères de son pays de 1996 à 2000, avant de rejoindre le Parlement européen à Strasbourg, dans le groupe libéral. Il sera candidat malheureux à la présidence de l'europarlement.

Malgré son parcours, il sera victime, en 2007, d'un de ces coups tordus de la droite polonaise, et perdra provisoirement son siège de député européen pour avoir refusé de se soumettre à la loi de "décommunisation" qu'il jugeait dangereuse. L'affaire fera scandale, et provoquera une sortie épique de l'eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit:

  "Nous avons combattu le stalinisme avec Geremek. Si un gouvernement emploie des méthodes staliniennes et fascistes, nous devons protéger notre collègue contre ces fous". 

Un farouche partisan de l'intégration européenne


L'affaire fera long feu. Bronislaw Geremek restera jusqu'au bout un partisan farouche de l'intégration européenne, à tel point que son parcours exemplaire en faisait un candidat possible à la présidence de l'Union européenne envisagée dans le traité de Lisbonne.

C'est le testament qu'il laisse à l'Europe. Ecoutez son plaidoyer, en marge des rencontres européennes de Lille en mai dernier (pour écouter cliquez sur la vidéo): 

 

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